Recueil de notations

Retour du soir (25-09-2012)

In Notation de la vie quotidienne, Transports on 13 octobre 2012 at 11 h 33 min

Source : Twitter, 25 septembre 2012

J’attends le RER D, voie 41, gare du Nord. Je l’aurai attendu trente-quatre minutes depuis mon arrivée sur le quai. Il en reste neuf: les dernières, les plus pénibles. Trente-quatre minutes d’attente avec ce mur en face de moi qui ne me semble ni gris ni monotone.

J’aime ce mur, son éclairage diffus, la régularité des lignes que soulignent plus qu’elles ne l’altèrent des traces d’infiltrations. J’aime ce mur et je le photographie (portable) pour partager, tout de suite, ce moment d’ennui et de beauté (d’une certaine beauté tout du moins) sur Twitter. Cela m’occupe: autant tromper le temps avec un plaisir géométrique et paradoxal dans un univers (je n’oserai dire un paysage lugubre). Or je ne sais rien de plus lugubre que le quai 41 de la gare du Nord aux environs de vingt-deux heures — l’un des quais de la partie souterraine — si ce n’est peut-être son homologue de Châtelet-Les Halles.

J’attends le RER D, voie 41, gare du Nord. Quand l’attente prend fin, le train SUCA n’a pas fini de ralentir que je constate qu’il est plein. Je suis loin d’être seul sur le quai et comme, chaque voyageur, je me demande si cette fin de journée sera plus pénible encore en voyageant encore plus inconfortablement que dans ce RER lui aussi fatigué. Par habitude, les RER se délestent gare du Nord: autres métros, autres trains… Mais je suis loin d’être seul à attendre sur ce quai, très loin.

SUCA, à dire vrai, n’est pas le nom du train qui dispose en propre d’un identifiant encore plus long et encore moins poétique qu’un numéro de Sécurité sociale. SUCA, c’est, comme on dit maintenant au Syndicat des transports d’Île-de-France, une «mission» (ce qu’on pourrait appeler plus banalement un trajet régulier). La dernière fois que ces missions ont été modifiées pour améliorer les choses (en fait, le cadencement des trains a été étalé), nous avons eu droit à des prospectifs explicatifs. Je pourrais savoir d’où le train part (dans son cas, de l’une des deux branches au Sud), par où il passe, quelles stations il dessert (ou pas) et où il arrive. Je pourrais, mais il y a longtemps que j’ai oublié. Je sais d’ailleurs l’essentiel: dans Paris, les RER s’arrêtent à toutes les gares et, sur la branche nord, tous les arrêts sont desservis jusqu’à Gonesse, bien au-delà de chez moi. Donc, SUCA ou pas SUCA, peu me chaut: je jette toujours un regard sur les panneaux électroniques et ça me suffit.

Lorsque le train SUCA arrive (Chère lectrice ou cher lecteur, tu me pardonneras de t’avoir fait attendre: j’ai attendu moi-même bien plus longtemps sur le quai 41.), il lâche une demi-foule et en récupère immédiatement une autre. Peut-être un peu moins, juste assez pour qu’on puisse être assis, serrés sur des sièges étroits, mais assis, c’est déjà ça. À ce stade, pour moi, c’est vingt à vingt-cinq minutes vers Sarcelles. Pour ceux qui sont en bout de ligne… Gare du Nord, Stade de France, Saint-Denis, Pierrefitte-Stains, Garges-Sarcelles, et puis après Villiers-le-Bel/Gonesse, Goussainville et les stations qui s’échelonneront jusqu’au terminus Orry-la-Ville, après Chantilly-Gouvieux, et même, tard le soir, jusqu’à Creil. 

Dans le RER D qui file nuitamment vers Creil ou vers Orry-la-Ville (Fin septembre, à cette heure-là, le soleil s’est couché depuis longtemps, lui) , des bribes de conversation me parviennent; les téléphones vont bon train dès que l’on débouche du tunnel quelque part entre Paris et Saint-Denis. Non pas, d’ailleurs, que les gens s’époumonent comme parfois. Le volume reste discret, mais la proximité conduit à la promiscuité auditive.

— Tu commences quand ta formation au Greta?
On n’a pas pris le direct… (Le direct, est un direct Gare du Nord-Orry la Ville en gare de surface… mais le direct en question a été raté, d’assez peu ai-je cru comprendre.)
— …

Des tranches de vie sans futilité. C’est le hasard d’un voisinage pour lequel, ce soir, j’éprouve de la sympathie et une certaine tendresse. Des gens de tous âges (pas vraiment de toutes conditions, même pour ceux qui poussent vers les arrêts les plus «chics») pour un retour tardif. Tout se passe mezzo vocce comme un prélude de détente avant la nuit. Et pendant ce temps, je continue à twitter avec régularité. C’est en cours de route que je pense prise de notes, quelques tweets pour fixer quelques souvenirs: des pitons de la mémoire en somme grâce auxquels, en se raccrochant, on se remémore d’autres sensations, d’autres impressions, des souvenirs qu’on aurait pu perdre. 

Et puis, à l’heure prévue, le RER D arrive à Garges-Sarcelles. C’est mon arrêt: je me lève et je longe le couloir central vers la sortie. Il y a du monde (Garges-Sarcelles est la gare par laquelle passe le plus grand nombre de voyageurs). S’il n’y avait eu personne, aurais-je même remarqué un namoureux et sa namoureuse tendrement accagnardés côté fenêtre? Le namoureux montre quelque chose vers Garges en parlant dans un murmure si ténu que rien n’en est perceptible. Est-ce un souvenir? un immeuble où le jeune homme aurait vécu plus jeune encore? une madeleine gargeoise (je pense à ces choses-là)? Peu importe, ils se sourient. Je suis descendu avec ces sourires-là au cœur.


Tweets d’origine
saisis sur téléphone, lapsus claviaturæ inclus

Gare du Nord, voie 41, RER D branche nord
Premier tweet à 22h16 - Dernier à 22h47











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