Recueil de notations

Avant l’arrêt de bus

In Notation de la vie quotidienne, Sarcelles on 24 novembre 2012 at 14 h 47 min

C’est ici la fin de l’histoire, en fait. La porte du bus 368 est ouverte, les voyageurs s’apprêtent à y entrer, qui avec son cabas à roulettes, qui avec sa poussette, qui avec son Blackberry à la main. Mais c’est la fin de l’histoire car tout s’est passé avant.

L’histoire commence avant, avant que le bus dont le nom local est trois-six-huit n’ait traversé le carrefour — traversée perpendiculaire, soyons précis. La photo est prise avenue Perret, il venait du boulevard Maurice-Ravel. Le feu était rouge, mais le carrefour dégagé. Le machiniste du bus ne pouvait pas ne pas voir le camion garé à l’arrache sur une bonne partie des zébras jaunes de l’emplacement du bus. Il ne pouvait pas non plus ne pas voir  les feux de détresse signalant (pourquoi autrement les avoir actionnés?) que le camion était en panne.

Et je m’étais demandé ce qu’il se passait alors dans la tête du machiniste de la RATP. Il n’y avait pas de circulation et la pluie fine qui tombait alors était de peu d’importance. Peu de voyageurs attendaient. Le machiniste a sans doute réfléchi pour anticiper: son placement (un peu en épi? en double file temporaire sachant qu’il ne gênerait pas une circulation inexistante et que les montées seraient somme toute rapides?). Il a sans doute visualisé le tracé, imaginé des lignes.

Je ne l’ai pas imaginé maugréant: l’absence de circulation permettait une réflexion à froid, sans stress.

Mais moi, j’avais imaginé de prendre une photo rapidement, pendant que le bus tournait, avec le camion à l’arrêt. Une photo qui aurait, d’une certaine manière, concrétisé cette ligne que le machiniste s’était d’abord représentée parmi d’autres avant de la choisir. Mais moi, j’ai mis trop de temps à extraire le portable d’une poche encombrée et à activer la fonction photo et je n’ai pris que le moins intéressant car c’est la fin de l’histoire et, pour cette histoire-là, ce n’était pas le meilleur choix.

19 novembre 2012, sous une pluie fine (qui joue un petit rôle), le mercredi (ce qui n’a aucune importance).

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