Recueil de notations

… la douce paresse de se recoucher ensuite

In Notation de la vie quotidienne, vite noté on 22 décembre 2013 at 18 h 28 min

Le plaisir d’un gazouillis dominical précoce réside peut-être dans la douce paresse de se recoucher ensuite. Mais cette joie simple se suffit d’un recoucher rapide après un petit-déjeuner savouré dans une sérénité sans hâte qui tranche avec la pression ordinaire des enchaînements contraints des matins ordinaires.

Je me suis donc recouché, mais non dans l’obscurité qui ressemble à une prolongation factice de la nuit et dont on ressort avec cette semi-torpeur que provoque un endormissement excessif. Le plaisir de me recoucher n’est pas celui de se rendormir. Il me faut la lumière du jour, ou du moins en cette saison la luminosité de l’extérieur et le halo qu’offre encore l’éclairage public — mais le jour est préférable — sans même cet écran que le vulgaire nomme fenêtre pour un accès nécessairement sans voile et donc sans voilages.

La fenêtre est ouverte sur un ciel plombé; au chaud sous la couette, je peux en profiter. Par beau temps, j’entends des voix; l’après-midi ce sont souvent des voix d’enfants qui ne sont que musique et dont les envolées sont un écrin à ma quiétude. Mais le temps n’est pas beau et l’on est au matin. C’est dimanche, jour de marché et même de grand marché, ce marché d’Île-de-France qui draine sa chalandise de si loin; mais aujourd’hui, je ne perçois que les chuintements humides des roues automobiles passant sur l’avenue. C’est un bruit suave qui croît et qui décroît, et que vient régulièrement dominer, mais à peine, un avion arrivant à Roissy ou en décollant. Quelques pies caquettent de temps à autre, quelques voix aux mots indistincts se perdent jusqu’à moi, mais si peu…

J’aime depuis toujours ces moments non pas de rêverie mais de flânerie de l’esprit, coin de mur et fenêtre ouverts. J’aime depuis toujours ces moments impalpables autant qu’imprécis où seuls des sons me parviennent d’un ciel gris ou bleu, nuageux ou non. Ce sont des moments de flottement dans un délicieux abandon et (plus qu’ou) d’abandon dans un délicieusement flottement. Que ce soit éphémère, soit qu’on s’endorme ou se rendorme (car il arrive que le sommeil l’emporte) soit qu’on se relève, appartient au plaisir de la chose.

Je me lève (et me relève), alors que sonnent les cloches de l’église voisine (mais c’est un pur hasard). Il est dix heures du matin et mon humeur n’est ni bonne ni mauvaise mais, très précisément, d’autant plus sereine que je n’ai pas l’impression d’avoir perdu du temps ni d’en avoir gagné car il ne s’agissait pas d’introspection ou de méditation dans cette mise au calme d’un esprit flottant et d’un corps dans un tiède repos. En cette période de congés hivernaux, ce dimanche est un dimanche sans lundi, et donc ce moment là n’aura pas manqué…


Suite d’une série de douze tweets publiés ce matin avec la balise #nddm (comme «non-départ du matin»), coquille et faute d’hypercorrection comprises. Ainsi ai-je noté à cette occasion, dans cette particulière mise en abyme, cette erreur ancrée en ma trompeuse mémoire, qu’on drainait sans chapeau — avec ou sans rêverie.

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