Recueil de notations

Traversée sous grisaille

In Notation de la vie quotidienne, Sarcelles, Transports on 3 janvier 2014 at 21 h 35 min

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Fin de matinée grise. C’est un jour sans heure.

Tout est gris, à commencer par ce ruban de béton du tramway dont les interminables rails parallèles accentuent la longueur. L’attente du tramway était seulement longue avant qu’il n’apparût là haut, avec cette allure à la fois tranquille et régulière qui permet à la fois de le voir arriver et de le savoir assez rapide,  souple et sûr, sûr et sûr de lui.

Le tramway n’ignore pas que ses voies sont traversées: les automobilistes s’y sont faits. Un piéton s’est arrêté en face, avant de rejoindre notre arrêt. Un coup d’œil à gauche (les tramways montant vers Saint-Denis), un coup d’œil à droite (pas la peine de se faire écraser par un tramway qu’on n’aurait pas pris de toute manière). La tête tourne tranquillement, avec une certaine lenteur, mais sans ralenti excessif. Et tout aussi tranquillement, avec la conscience d’avoir jaugé les temps — celui du tramway; le sien propre —, l’homme traverse d’un pas serein et le regard haut la voie qu’orne l’armature des rails.

Et puis le voilà passé. Et puis le tramway arrive. Et puis je l’oublie, vite, très vite, quasi instantanément.

Mais par la force de l’image, je l’imagine, sans jamais l’avoir vu après sa traversée, droit et altier attendant l’arrivée imminente et peut-être improbable du tramway tranquille et régulier.

J’imagine, et cela convient à mon esprit.

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