Recueil de notations

Viva la muerte? Ne laissons pas vaincre les assassins de Cabu !

In Propos on 7 janvier 2015 at 23 h 48 min
Une de leurs collègues/amies/ relations et les dessinateurs Luz et Cabu

Les dessinateurs Luz et Cabu (à droite sur la photo) avec une amie
à la manif de soutien au mariage pour tous en janvier 2013. (Photo: Luc Bentz)

C’était le 27 janvier 2013 en allant à la manif de soutien au mariage pour tous. Ma femme et moi avions croisé les dessinateurs Luz et Cabu.

Cabu, qui avait répondu à une sollicitation impromptue (à une table de bistrot) d’un collègue de mon épouse. Cabu,  qui avait accepté spontanément, de prendre de son temps pour passer une demi-journée (formidable) avec les gamins d’une école élémentaire de Sarcelles-Lochères. Cabu, qui m’était familier depuis que j’avais découvert le Pilote du temps de Goscinny et son «grand Duduche». Cabu, qui est mort aujourd’hui, comme Luz, comme Charb, comme Wolinski, comme ces deux policiers abattus en accomplissant leur devoir, comme tant d’autres aujourd’hui, trop.

Ecrlinf : écrasons l’infâme, signait Voltaire. Écrasons l’infâme, avec les mêmes armes: les mots, la plume, le dessin. Ce sera le meilleur hommage à leur rendre. Hommage à des militants laïques, authentiquement laïques, laïques sans adjectif donc. Refuseurs obstinés de la haine, attachés à la liberté de conscience, à l’égalité, au refus des oppressions — et notamment de celles que les intégrismes religieux quels qu’ils soient entendent faire peser sur les femmes.

«Viva la muerte» criait le général franquiste Millán-Astray. Et il ajouta devant le recteur de l’université de Salamanque «À mort l’intellectualité traîtresse» souvent ramené à cette formule sommaire (mais les raisonnements à la Millán-Astray le sont par nature): «À bas l’intelligence». Ce recteur était l’écrivain et philosophe Miguel de Unanumo qui avait répondu au général Millán-Astray: «Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous possédez une surabondance de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader. Et pour persuader il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat.»

Quand on entend déjà des paroles de haines, des insinuations visqueuses, des incitations à la stigmatisation, les zemmourades et autre houellebecqueries, c’est la réponse de Miguel de Unanumo qu’il faut se rappeler. Et continuer jour après jour, non pas de citer, mais faire vivre les principes de la République que sont la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité: cette garantie de la liberté de conscience posée par la loi de 1905, ce refus de la conformation contrainte, de la conformité forcée au nom de qui ou de quoi que ce soit.

Avec vigueur, de la tristesse en ce moment tragique, mais le souci de répondre avec une saine et franche rigolade, ce rire franc, massif, provocateur — mais toujours convivial — qui était le leur. En femmes et hommes libres qui emmerdent les intolérants, les sectaires et les imposeurs de vérité révélée.

Pour l’humour de l’humanité, par-dessus tout.

École Pauline-Kergomard, Sarcelles

École Pauline-Kergomard, Sarcelles (photo Luc Bentz)

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